Comment choisir sa crème solaire ? Mon avis sur les filtres minéraux, les nanoparticules et les controverses
On me pose souvent des questions concernant les protections solaires et la manière de choisir une crème solaire. Avec l'arrivée des beaux jours et le début de l'été, j'ai décidé d'écrire cet article afin d'apporter un peu de nuance sur le sujet.
Quelques principes simples avant de parler des crèmes solaires
Avant même de parler des filtres UV, il est important de rappeler quelques principes essentiels :
- Essayez de limiter les expositions entre 11 h et 15 h, lorsque les rayons UV sont les plus intenses.
- Hiérarchisez votre protection. Cherchez d'abord l'ombre, puis privilégiez les vêtements protecteurs, les lunettes et le chapeau.
- Si vous vous exposez au soleil, il est indispensable de vous protéger. En plus d'augmenter le risque de cancer cutané, le soleil est également le premier facteur responsable du vieillissement prématuré de la peau.
Le corps a besoin du soleil pour synthétiser la vitamine D. Une exposition modérée, le matin ou en fin d'après-midi, est généralement suffisante.
Il existe aujourd'hui deux grandes familles de filtres UV :
- Les filtres organiques (ou synthétiques)
- Les filtres minéraux
Les filtres organiques (ou synthétiques)
Contrairement à ce que leur nom pourrait laisser penser, les filtres dits « organiques » ne sont pas autorisés en cosmétique bio ou naturelle. Le terme « organique » n'a ici rien à voir avec le terme « organic » utilisé en anglais pour désigner les produits biologiques.
Ces filtres fonctionnent en absorbant les rayons UV puis en les transformant en une autre forme d'énergie avant qu'ils ne pénètrent plus profondément dans la peau.
Diverses études ont montré que certains filtres UV peuvent être absorbés par l'organisme et être retrouvés dans le sang plusieurs semaines après l'application. Certains sont également suspectés d'agir comme perturbateurs endocriniens, aussi bien chez l'homme que dans la faune aquatique.
Parmi les filtres les plus controversés figurent notamment :
- Oxybenzone
- Octinoxate
- Octisalate
- Octocrylène
- Homosalate
- Avobenzone
- Diethylamino Hydroxybenzoyl Hexyl Benzoate (DHHB)
Certains filtres plus récents disposent encore d'un recul relativement limité. Comme souvent en toxicologie, l'absence de données à long terme ne signifie pas nécessairement absence de risque.
Certains de ces filtres présentent également un potentiel allergisant.
Ils doivent être appliqués avant l'exposition et renouvelés après la baignade ou en cas d'exposition prolongée.
Les filtres dits « nouvelle génération » sont relativement récents et nous manquons encore de recul sur leur sécurité à très long terme. Certaines publications soulèvent déjà des interrogations. Par principe de précaution, je préfère personnellement rester prudente et vous invite à en faire autant.
Les filtres minéraux
Les filtres minéraux sont constitués principalement de dioxyde de titane ou d'oxyde de zinc.
Ils agissent en diffusant, réfléchissant et absorbant une partie des rayons UV. Leur principal inconvénient est qu'ils sont plus difficiles à étaler et peuvent laisser un léger voile blanc. Heureusement, les formulations se sont nettement améliorées ces dernières années.
Afin d'obtenir des textures plus agréables, la taille des particules a été réduite.
À l'heure actuelle, les filtres minéraux me semblent représenter l'option la plus rassurante.
Ils sont d'ailleurs autorisés par les labels bio et naturels.
Qu'en est-il des nanoparticules ?
Depuis plusieurs années, la réglementation européenne impose la mention « nano » sur l'étiquette lorsqu'un ingrédient répond à la définition réglementaire d'un nanomatériau.
Les nanoparticules sont parfois suspectées de traverser la barrière cutanée et d'avoir des effets néfastes sur la santé, ce qui a suscité beaucoup de débats.
Un nanomatériau est défini comme un matériau contenant des particules libres, sous forme d'agrégats ou d'agglomérats, dont au moins 50 % des particules présentent une ou plusieurs dimensions comprises entre 1 et 100 nanomètres.
Une première limite de la réglementation
Cette définition repose sur un seuil de 50 %.
Autrement dit, un matériau contenant 49 % de particules comprises entre 1 et 100 nm ne sera pas considéré comme un nanomatériau au sens réglementaire, alors qu'il ne diffère pas fondamentalement d'un matériau qui en contiendrait 50 %.
Cela illustre les limites inhérentes à toute définition réglementaire.
Les méthodes de mesure ne sont pas toutes identiques
Il existe différentes méthodes permettant de mesurer la taille des particules :
- Microscopie électronique (TEM, SEM)
- Dynamic Light Scattering (DLS)
- Particle Tracking Analysis (PTA)
- Small Angle X-Ray Scattering (SAXS)
- AF4-MALS
- sp-ICP-MS
- Centrifugal Liquid Sedimentation (CLS)
L'interprétation des résultats n'est pas toujours simple. La méthode utilisée, la préparation de l'échantillon et les critères d'analyse peuvent influencer les résultats.
Il n’y a pas, à l’heure actuelle de méthode de référence pour qualifier la taille et la proportion de particules.
Deux laboratoires utilisant des techniques différentes peuvent parfois aboutir à des distributions de tailles légèrement différentes, notamment lorsque le matériau se situe près du seuil réglementaire. Il est donc impossible de garantir l’absence de nanomatériaux.
La microscopie électronique (SEM), largement utilisée, nécessite des étapes de préparation pouvant inclure des traitements par ultrasons destinés à désagréger les agrégats et agglomérats afin d'observer les particules constitutives. Cette approche peut conduire à qualifier comme « nano » des particules qui, dans leur état agrégé au sein de la formulation, ne se comportent pas nécessairement comme des nanoparticules libres. Ainsi, certains filtres minéraux doivent aujourd'hui porter la mention [NANO], alors même que plusieurs fabricants ont réalisé des études indépendantes de pénétration cutanée montrant que les particules restent confinées aux couches superficielles de la peau et ne semblent pas franchir la barrière cutanée dans les conditions normales d'utilisation.
C'est notamment le cas de la marque Acorelle, avec laquelle nous avons collaboré par le passé. Suite à l'évolution des méthodes d'analyse et des exigences réglementaires, la marque indique désormais la mention [NANO] sur ses produits, tout en mettant à disposition des études montrant que les particules utilisées restent à la surface de la peau.
Dans ce contexte, le label Cosmébio a fait le choix d'imposer la mention [NANO] sur les produits contenant du dioxyde de titane ou de l'oxyde de zinc concernés par cette classification, afin d'assurer une information transparente du consommateur.
Quels sont réellement les risques des nanoparticules ?
La réponse honnête est la suivante : les données disponibles pour les crèmes solaires sont plutôt rassurantes, mais il subsiste encore des incertitudes.
Pénétration cutanée
Les études disponibles suggèrent que les nanoparticules de dioxyde de titane et d'oxyde de zinc restent principalement confinées aux couches superficielles de la peau saine.
Sur peau lésée, les données sont plus limitées et il n'est pas possible d'exclure totalement une pénétration.
Génotoxicité
Les résultats sont parfois contradictoires. Une grande partie des études anciennes a été réalisée sur des nanoparticules non enrobées, alors que les particules utilisées dans les produits cosmétiques sont généralement recouvertes. Les études plus récentes réalisées selon les standards actuels ne montrent pas de potentiel génotoxique significatif.
Faut-il arrêter les crèmes solaires ?
NON !!!
Les risques liés à une exposition excessive au soleil sont aujourd'hui bien établis. Il est essentiel de suivre les recommandations de la Ligue suisse contre le cancer : rechercher l'ombre, porter des vêtements protecteurs et appliquer une protection solaire adaptée lorsque l'exposition l'exige.
Il est également important de garder à l'esprit qu'une protection solaire n'est réellement efficace que si elle est appliquée en quantité suffisante et réappliquée régulièrement lors d'une exposition prolongée. En pratique, ce n'est généralement pas ce que permet une simple crème de jour appliquée le matin.
Mon approche personnelle
J'aime privilégier une utilisation raisonnée de la protection solaire.
Lors d'une exposition directe au soleil (plage, randonnée, jardinage, terrasse, activités extérieures prolongées, etc.), une protection adaptée me paraît tout à fait pertinente.
En revanche, lorsque l'on passe la majeure partie de sa journée à l'intérieur, sans exposition solaire directe importante, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'appliquer systématiquement une protection solaire tous les jours de l'année.
L’huile de Karanja
Personnellement, en été, chaque matin, j'aime mélanger quelques gouttes à mon sérum avant de les appliquer sur ma peau.
L'huile de karanja contient naturellement des composés capables d'absorber une partie des UV et plusieurs travaux lui attribuent un potentiel photoprotecteur intéressant.
Lors de ma formation en formulation cosmétique, un lot avait été testé en laboratoire et présentait un SPF d'environ 30.
Cependant, la composition naturelle d'une huile végétale peut varier d'un lot à l'autre. Chaque lot devrait donc être testé individuellement pour pouvoir revendiquer officiellement une protection solaire.
Pour cette raison, l'huile de karanja ne peut pas être considérée comme une alternative à une protection solaire certifiée ni comme une crème solaire à part entière.
Je la vois plutôt comme un complément intéressant lorsqu'aucune exposition prolongée au soleil n'est prévue.
Et les océans ?
Le sujet est plus complexe qu'on ne le lit souvent.
Oui, plusieurs études ont montré des effets toxiques de certains filtres UV sur les coraux et d'autres organismes marins.
Par ailleurs, le terme « reef safe » n'a aujourd'hui aucune définition réglementaire officielle.
Ce que l'on peut raisonnablement dire, c'est que :
- certains filtres organiques, notamment l'oxybenzone et l'octinoxate, sont les plus préoccupants ;
- plusieurs régions du monde ont restreint leur utilisation ;
- les filtres minéraux sont généralement considérés comme l'option la plus rassurante pour l'environnement, même si les données restent encore incomplètes.
Le label Cosmebio interdit les mentions « protège les océans » ou toute autre mention similaire sur les produits solaires et dans toutes les communications associées.
Ma conclusion
Si je devais résumer ma position en une phrase, ce serait celle-ci : privilégiez une utilisation raisonnée de la protection solaire et suivez les recommandations de la Ligue suisse contre le cancer.
Les protections solaires restent des outils précieux lorsqu'elles sont utilisées à bon escient. Personnellement, lorsque j'en utilise, je privilégie les filtres minéraux, qui me semblent aujourd'hui représenter l'option la plus rassurante au regard des connaissances disponibles.
Enfin, n'oublions pas qu'une protection solaire ne se résume pas à une crème. Rechercher l'ombre, porter un chapeau, des lunettes de soleil et des vêtements couvrants font partie des moyens les plus efficaces pour limiter l'exposition aux UV.
Les soins solaires coup de coeur
Ces dernières semaines, j'ai eu l'occasion de tester plusieurs protections solaires et j'ai eu un véritable coup de cœur pour la marque Matarrania.
J'apprécie particulièrement leur approche : des formules sans eau, et donc sans conservateurs, une philosophie qui fait écho à celle que nous défendons chez &THE GREEN. Les textures sont agréables, l'application est facile et, contrairement à beaucoup de protections solaires minérales, elles ne laissent pratiquement pas d'effet blanc. J'aime également beaucoup le fini qu'elles laissent sur la peau : une sensation de confort, avec un toucher nourrissant, souple et non collant.
Si vous êtes à la recherche d'une protection solaire minérale, naturelle et agréable à utiliser, c'est aujourd'hui celle que je recommande le plus volontiers.
Leurs protections sont actuellement disponibles en prévente sur notre site jusqu'au 2 juillet 2026.
Références et sources
- Burnett M.E., Wang S.Q. Real Facts about the Safety and Efficacy of Zinc Oxide and Titanium Dioxide in Sunscreens. Journal of the American Academy of Dermatology, 2011.
- Environmental Working Group (EWG). The Trouble With Sunscreen Chemicals. https://www.ewg.org/sunscreen/report/the-trouble-with-sunscreen-chemicals/
- Smijs T.G., Pavel S. Titanium dioxide and zinc oxide nanoparticles in sunscreens: focus on their safety and effectiveness. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31058986/
- SCCS (Scientific Committee on Consumer Safety). Guidance on the Safety Assessment of Nanomaterials in Cosmetics, 2019.
- Commission européenne. Rapport sur l'utilisation des nanomatériaux dans les produits cosmétiques et la révision du règlement (CE) n°1223/2009, 2021.
- Afssaps. Évaluation des risques liés à l'utilisation des nanoparticules de dioxyde de titane et d'oxyde de zinc dans les produits cosmétiques, 2011. http://www.afssaps.fr/var/afssaps_site/storage/original/application/af86f9684f0e2810a7cf1d5b0cefb0d5.pdf
- Rauscher H. et al. Identification of nanomaterials through measurements. Joint Research Centre, Commission européenne, 2019.
- Comment choisir une crème solaire respectueuse de l'océan, wwf

